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« Reste caché là et ne bouge pas ! » M'avait dit Tom en souriant jusqu'aux oreilles.
C'était un jeu. C'était notre petit jeu à tous les deux. Nous nous amusions toujours à ça après minuit, ou en revenant des concerts. Nous n'y jouions qu'à deux. Notre décor de jeu était l'hôtel, nous étions les pions et nous devions atteindre les cuisines sans se faire prendre par les méchants. Il y avait plusieurs sortes de méchants. Les plus faciles à esquiver étaient nos gardes du corps, toujours postés au même endroit comme des meubles. Ce n'était pas facile de leur passer devant le nez, mais en mettant des petits somnifères dans leurs bouteilles d'eau, ça devenait un jeu d'enfant. Il y avait également une autre technique qui consistait à scotcher mon téléphone portable dans l'escalier (je le scotchais bien évidemment dans un endroit discret avant de monter dans ma chambre pour la nuit) et Tom appelait mon portable qui émettait alors une sonnerie que j'avais spécialement enregistré pour l'occasion : moi en train d'hurler comme un malade. Et, pensez-vous, le garde se précipitait dans les escaliers en entendant son petit protégé crier à la mort. La voie était alors libre. Tom se précipita vers l'ascenseur en pouffant de rire et y disparut.
Moi, je restais caché derrière le gros pot qui contenait un arbuste, dans le couloir du quatrième étage de l'hôtel. Je ne savais cependant pas pourquoi Tom m'avait demandé de rester ici. D'habitude, nous foncions à deux dans le jeu, têtes baissées comme deux taureaux entrant dans une corrida.
Cinq minutes plus tard, Tom revînt en riant toujours. Il s'écria :
« Viens vite ! Le garde m'a vu et pense que je remonte ! Il a prit les escaliers, ce nigaud ! Viens, on redescend à deux. »
Je me dégageai du pot, sourire aux lèvres, et nous nous dirigeâmes en courant dans l'ascenseur dont la porte était en train de se refermer. Nous nous glissâmes dans la cage avant que la porte ne se referme et Tom appuya sur le bouton « niveau 0 ». L'ascenseur se mit à descendre.
En bas, pas de garde. Mais il allait maintenant falloir éviter la deuxième catégorie de méchants : les femmes de ménage. Je peux vous dire, par expérience, qu'elles sont très, très malignes pour laisser leurs serpillières au milieu du couloir pour que vous glissiez dessus. Je m'en suis pris pas mal, des serpillières, et j'aime autant vous dire que mes fesses ont vu de sacrés beaux bleus. Tom aussi en connaît un rayon là-dessus.
Pour l'instant, pas d'ennemies femmes de ménage en vue. Tant mieux, mes fesses s'en porteraient d'autant plus bien.
Tom me prit la main et se mit à courir jusqu'au bout du couloir avant de s'arrêter à l'entrée de la salle de restaurant, qui avait accès aux cuisines. Le problème, c'est il y avait là une troisième catégorie de méchants. Ne me demandez pas comment ils faisaient, ne me demandez pas non plus comment ils savaient, mais ils étaient toujours là, tapis dans l'ombre avec leurs armes : des appareils photo. Oui, c'était les fameux Paparazzis. Ils se faisaient souvent passer pour des clients riches de l'hôtel. Une nuit, alors que les ennemis Paparazzis n'existaient pas encore et que Tom et moi avions évité les femmes de ménage, un bonhomme aux joues rondes et au regard d'aigle nous avait surpris dans la salle de restaurant de l'hôtel. Nous ne savions pas ce qu'il fichait là, peut-être effectuait-il une marche nocturne ou qu'il rentrait d'une soirée bien arrosée. Cependant, bien qu'il n'ait plus su où était sa chambre, il nous avait reconnu. Et il avait même son appareil photo avec lui. Et, comme un chevalier dégainant son épée, il sortit son appareil photo de sa sacoche (vous savez bien que ce genre d'individus ne quittent jamais leur précieuse arme) en deux temps, trois mouvements et « clic ! », Tom et Bill prit en flagrant délit. Nous avions retrouvé la photo dans un magasine people du lendemain. Je ne préfère pas trop vous décrire la tête de notre manager et la punition qu'il nous infligea ensuite.
Quoi qu'il en fût, pour l'instant, ni Tom ni moi n'apercevions de petits clignotants rouges d'appareils photo dans le noir dans lequel était plongée la salle de restaurant. Tom s'avança alors à pas de loup, me tenant toujours la main. J'avais le c½ur qui battait à fond et je savais qu'il en était de même pour mon jumeau. J'avais aussi très envie de rire. Voyez, encore à dix-huit ans, on reste gamin.
« Y'a personne ! Murmura Tom.
- Chut ! Soufflai-je. »
Et nous avançâmes à pas de loup dans le noir.
Nous avions déjà joué dans cet hôtel. Nous savions donc où était la porte des cuisines. C'est Tom qui la trouva, car moi je restais derrière en lui tenant la main, scrutant la pénombre pour m'assurer qu'il n'y avait pas de Paparazzis près à nous mitrailler de flashs.
Nous entrâmes dans la cuisine. Je sortis la lampe torche que j'emportais toujours avec moi pour le jeu. Ca évitait d'allumer toutes les lumières des cuisines et de réveiller le personnel de l'hôtel.
Je vis Tom sourire et trépigner dans la pénombre.
« On a encore réussi !
- On est les meilleurs », lui dis-je.
Il posa une main sur ma joue et m'embrassa brièvement, sans s'attarder. Les minutes étaient comptées. La dernière mission était de trouver la chambre froide, là où les cuisiniers mettaient des desserts près d'avance. Et puis, dans ce genre d'endroit, il y avait toujours du chocolat, des biscuits, des bonbons, de la glace à tous les parfums possibles et inimaginables, de la pâte d'amande, des dragées, du pain d'épice... Et tout ça en quantité telle que l'on pouvait survivre un mois avec sans manger la même marque de chocolat ou le même parfum de glace. C'était la chambre du trésor, la caverne d'Ali Baba, notre butin.
Comme nous connaissions l'hôtel, nous ne mîmes pas trop de temps à retrouver la chambre froide. Tom entra le premier, me tenant la main. Un paradis de glace s'offrait à nous. Tom se rua vers tout ce qui était chocolat et pain d'épice. Pour ma part, je préférais les glaces. Il y avait, dans les restaurants, des parfums toujours un peu spéciaux, qu'on a du mal à trouver sur le commerce. J'adorais la glace au spéculos, aux calissons d'Aix et ma préférée était la glace à la rose. Un pur délice...
Je revins dans la cuisine, les bras chargés de pots de glace. Je déposai mon butin sur un plan de travail et Tom ne tarda pas à me rejoindre avec du chocolat et des macarons. Il me regarda dans la lueur de la torche, souriant.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai envie d'essayer quelque chose », dit-il.
Il n'attendit pas que je réponde quoi que ce soit. Il me prit par les dessous de bras et me porta pour m'asseoir sur le plan de travail parmi les pots de glace, les boîtes de macarons et les tablettes de chocolat.
« Reste-là », m'ordonna-t-il.
Je ne bougeai pas, le regardant fouiller dans les placards. Il trouva une casserole, la mit sur une plaque à gaz, l'alluma. Il revînt vers moi, prit les tablettes de chocolat, me caressa la cuisse. Je tendis la main vers lui pour qu'il m'embrasse, mais il repartit vers sa casserole en feignant de m'ignorer. Il ouvrit les tablettes et les découpa en morceaux qu'il jeta dans la casserole. Je le regardais faire, l'éclairant avec la lampe torche, sentant la chaleur du gaz de là où j'étais.
« Tom ?
- Chut ! »
Je voulais savoir ce qu'il avait dans la tête. Les expériences de Tom n'étaient pas toujours très plaisantes, pour moi du moins. C'était des petits jeux pervers. Mais ça lui faisait plaisir. Et j'aimais lui faire plaisir.
Il trouva une cuillère et remua le chocolat qui fondait. Une douce odeur sucrée s'éleva dans cette partie de la cuisine.
« Tomi, qu'est-ce que tu fa-
- Chut ! J'ai dis. »
Il me lança un petit regard qui me fit frissonner tout entier. Histoire de patienter, je pris le pot de glace à la rose et l'ouvrit. Je trempai mon index dedans, forçant dans la chaire glacée, puis le portai à ma bouche, m'en barbouillant les lèvres pour les lécher ensuite. Le doux parfum fleuri envahit ma bouche et je souris en trempant une nouvelle fois mes doigts dans le pot.
« Tu va voir, ça va être bien.
- Je ne suis pas rassuré pour autant », dis-je avant de mettre mes doigts dans ma bouche.
Je regardais Tom du coin de l'½il. Il faisait de même. Je me retins de rire. Le premier qui riait avait perdu.
Je soutins sous regard deux minutes, puis mes lèvres s'étirèrent dans un grand sourire et je ris en basculant ma tête en arrière. Je riais sans bruit, mais j'avais perdu quand même. La sentence n'était cependant pas méchante.
« Tu retires ton tee-shirt », me dit Tom sans me lâcher des yeux, tout en touillant sa préparation. « De toutes manières, je te l'aurais enlevé dans trente secondes ».
Il fallait enlever le vêtement que le gagnant avait choisit.
J'enlevai donc mon tee-shirt, me demandant bien pourquoi il me l'aurait fait enlever coûte que coûte.
Je n'attendis pas longtemps la réponse. Tom éteignit la plaque de gaz quand tout le chocolat fût fondu et vînt vers moi avec la casserole.
« Tu ne vas pas me verser ça dessus, quand même ?!
- Ben, si. Mais je vais attendre que ça refroidisse un peu. »
Il posa la casserole à côté de moi puis vînt se mettre face à mon visage. Il frotta son nez au mien en posant ses mains sur mes cuisses. Il m'embrassa ensuite en suçant mes lèvres au goût de glace à rose. Il caressait mes jambes, remontant à mon ventre. Il appuya son index gauche sur mon tatouage en forme d'étoile que j'avais à l'aine.
« Et pourquoi tu veux me verser sur chocolat dessus ?
- Je ne sais pas. Ca peut être intéressant.
- J'ai pas envie que tu me barbouilles de chocolat.
- Ca va pas être long. »
Il jeta un coup d'½il à la casserole, puis trempa un doigt dedans. Le chocolat durcissait.
« Ca devrait aller », dit-il.
Je regardai la casserole, peu rassuré. Je n'aimais pas trop ça.
« Tomi, je ne veux pas...
- Mais ça va pas être long. Allonge-toi. »
Je m'allongeai sur le plan de travail. Tom se mit à côté de moi, toujours debout. Il mit casserole au dessus de mon torse et inclina doucement le poignet. Je regardais le chocolat liquide couler comme une lave visqueuse vers le bord de la casserole. Il en coula ensuite un épais filet qui s'étala sur mon ventre. Je sursautai, surpris par la chaleur. Ce n'était pas brûlant, mais c'était assez chaud pour vous faire gémir légèrement, plus de surprise que de douleur.
Je regardais avec amusement le chocolat descendre de ma poitrine, couler sur mes côtes, inonder mon nombril. Tom trempa ses doigts dedans et les passa sur mes lèvres, les recouvrant de chocolat comme un rouge à lèvre mal étalé, qui déborde.
« Tu es très attirant, comme ça. »
Forcément, pour quelqu'un qui mangerait du chocolat jusqu'à en exploser, pour sûr que j'étais appétissant.
Il se pencha au dessus de moi, puis se mit à lécher le chocolat. Je pouvais aisément sentir sa langue moins chaude que le chocolat contre ma peau. Je le regardais. Il était beau quand il pratiquait ses petites expériences. Celle-ci n'était pas désagréable pour moi.
Il termina de lécher le chocolat sur mon ventre en moins de cinq minutes. Il vînt ensuite embrasser mes lèvres recouvertes de chocolat. Il les lécha, les suça, les mordilla, les embrassa. J'avais mes mains sur ses joues, elles étaient brûlantes.
C'était nos petits jeux nocturnes. Nous étions souvent trop stressés ou trop énervés pour dormir, alors nous jouions. Personne ne se doutait de rien, sauf les restaurants dévalisés le lendemain. Tout le monde savait que Tom et moi étions frère. Personne en revanche ne savait que nous étions amants. C'était drôle, très drôle. Du moins, c'était drôle jusqu'à cette nuit-là.
Voilà le premier chapitre! Ca vous plaît?